Yacine Mahideb : « A Chacun Sa Chimère… »

Yacine Mahideb : « A Chacun Sa Chimère… »

Après Yasmina Khadra, Kamel Daoud et Anys Mezzaour, voici le tour du poète algérien, Yacine Mahideb, de prendre la plume pour se joindre à l’histoire qui s’écrit, ces derniers jours.

A Chacun Sa Chimère…

A l’image de la prose Baudelairienne «A chacun sa chimère » dans son fameux livre  «spleen de Paris», je regarde les rues algériennes, pensif…..

Sous un ciel immaculé, d’un bleu froid et glacial, où le monde s’apprête à recevoir les prémisses d’un printemps, en ce beau jour du premier Mars….

Un printemps pas comme les autres, ce n’est pas un printemps arabe, ni kabyle, ni chaoui, ni mozabite, ni encore targui….. mais Un Printemps ALGÉRIEN.

Un Printemps Algérien en marche, pour qui, pourquoi, chacun de ces milliers de gens, hommes, femmes, filles et garçons ont répondu à l’appel, trainant sur leurs dos leurs CHIMÈRES……

A chacun sa chimère, énorme ou petite, lourde ou légère, aux aspects acceptables ou hideuses et monstrueuses ….

A chacun sa chimère donc fidèle à ses aspirations à l’image de ses convictions…..

La monstrueuse bête est loin d’être un poids inerte, bien au contraire, elle enveloppe et opprime l’homme de ses muscles élastiques et puissants et s’accroche de ses griffes et sa tête fabuleuse surmontant celle de l’homme, comme s’il la portait tel un hornement semblable à certains casques horribles par lesquels les guerriers des temps jadis espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.

Pour ce premier groupe d’hommes, des marcheurs aux allures jeunes et naïves, leurs chimères sont impatientes d’arriver les premières…..un besoin de sécurité les motive, un avenir prospère et privilégié d’être les premier arrivés car pour eux c’est « le premier arrivé, le premier servi » sans chercher le comment du pourquoi.

A sa droite, les pères de famille, des hommes de trente à cinquante ans, faibles et atterrés, leurs têtes pour la majorité dégarnies et grisonnantes, en sang, blessés par les griffes de leurs chimères qui les poussent à dépasser le premier groupe d’hommes, se donnant une légitimité d’aspirer à un avenir meilleur car le méritant puisque à leurs yeux ils n’ont rien eu de la vie, ils ont du mal à joindre les deux bouts du mois, et condamnés à nourrir des bouches affamées.

A la solde «des vainqueurs vaincus », des forçats et bien d’autres encore sortis tout droit des bagnes et se mélangent à la foule tenant leurs chimères comme on brade des glaives essayant de nuire aux marcheurs en mettant des embûches et divers obstacles.

Les guetteurs quant à eux sortis enfin de leurs terriers d’infortune, sont embusqués sur les flancs de la route déjà tracés par les marcheurs, leurs chimères à la main, elles jettent leurs venins alimentant la fureur gagnée par la foule de marcheurs dans l’espérance de récolter, de la manière la plus hypocrite, la sympathie des gens qui marchent.

Les opportunistes, à leur tour, s’accordent une légitimité, à la solde de  leurs chimères qui brandissent leurs griffes qu’elles utilisent pour écorcher les marcheurs et les poussent à « marcher davantage » et dans l’espoir de récupérer leurs efforts et les modeler à leurs besoins……. 

Il ne reste donc que les vainqueurs vaincus au bout du chemin, tenant leurs chimères en laisse, partagés entre l’envie de tout plaquer et sauver leurs peaux ou de rester encore à assouvir leur faim sans fin, croyant encore au temps de leurs jours heureux.

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