Kamel Daoud : « Je vais marcher, « ils » vont courir »

Kamel Daoud : « Je vais marcher, « ils » vont courir »

Le romancier algérien, Kamel Daoud, vient de publier, aujourd’hui 28 février, un texte en rapport direct avec l’actualité algérienne de ces derniers jours, sur son compte facebook.

Je vais marcher, « ils » vont courir

Longtemps j’ai espéré le jour de demain. Longtemps j’ai secoué l’arbre. Avec colère. Avec espoir. Je m’y suis adossé et parfois je m’en suis éloigné, déçu. Je lui ai donné mille noms et mille grimaces. Mille images. 
Alors demain je vais marcher. Crier. Protester. Défendre ma dignité. Espérer. Car mes plus belles années m’ont été volées par la décennie noire. Puis par les années Bouteflika et ses malfrats. Le plus dur fut l’indignité. J’étais en colère, toujours. Contre moi, contre les miens. 
Je vais marcher pour en guérir et réparer en moi l’ordre des jours et de l’âge. 
Ce Régime va s’agiter. Ouvrir les prisons pour lâcher les criminels, salir nos jeunes, faire douter, insulter, frapper et lâcher sur nous ses chiens et ses radicaux. « Ils » veulent même nous terroriser avec les années 90 : si on ne s’agenouille pas, c’est le sang. Ils le répètent partout. Ils veulent nous terroriser. C’est une groupe de terroristes. Un groupe armé qui a volé un drapeau et un hymne. 
Ce Régime n’a pas le choix : il sait qu’il est déjà mort et il veut nous le faire payer. « Ils » ne savent pas où aller, ni que faire : Bouteflika va mourir et nous avons ressuscité et « ils » sont au milieux avec leur sacs d’argent et leurs esclaves et leurs familles. 
Nous avons le choix quant à nous : marcher, ou rester chacun dans sa maison pendant qu’on nous vole le pays.
Je vais marcher car j’ai des enfants.
Car j’ai de la dignité
Car j’ai été toujours libre
Car je suis chez moi et pas chez « eux »
Car je n’ai rien à perdre et j’ai tout à gagner
Car cela fait la moitié de ma vie que j’attends ce jour et je ne veux pas passer le reste de ma vie à regretter de ne pas y être allé.
Je vais marcher. « Eux », ils vont courir. « Ils » s’enfuient déjà.

Texte de Kamel Daoud

LittératureAlgérienne.com

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