Boualem Sansal adresse une lettre ouverte à Vladimir Poutine

L’écrivain algérien, Boualem Sansal, vient d’adresser une Lettre ouverte au président russe, Vladimir Poutine, au sujet du réalisateur, scénariste et producteur ukrainien, Oleg Sentsov, emprisonné, depuis le 25 août 2015 à 20 ans de prison pour «organisation d’un groupe terroriste».

Monsieur Poutine,

2018 est une année de moissons féériques pour vous. Votre talent politique a fait de vous le roi du monde: à peine réélu triomphalement pour un nouveau mandat de cinq ans, le monde vous offre le championnat du monde de football. La Russie brille dans le ciel et vous vous brillez sur la Russie. Partout dans le monde on vous courtise, on veut faire ami-ami avec vous, signer avec vous des traités qui sont en vérité des offres d’allégeance à votre couronne ou des demandes de secours. Mille félicitations.

Mais cher Monsieur Poutine, il y a une ombre dans le tableau. Cette ombre est celle d’un homme Oleg Sentsov, qui se meurt d’inanition dans une de vos prisons. Au moment où j’écris cette tribune il en est à son 47e jour de grève de la faim. Vous le savez: sa mort, si elle advenait, ruinera votre réputation. Du jour au lendemain le roi que vous êtes ne sera plus qu’un vulgaire criminel. D’une manière ou d’une autre on vous le fera payer, on fera en sorte que l’histoire garde de vous le souvenir d’un apparatchik que le pouvoir a rendu fou. Votre pays et votre peuple ne méritent d’être salis à cause de vous, parce que nous n’aurez pas réussi à faire preuve de grandeur.

Pensez-y, pensez-y vite et libérez Oleg Sentsov. De mon pays, l’Algérie (qui entretient les meilleures relations du monde avec vous et votre pays), je vous dis merci par avance.

Il s’agit de la deuxième fois en quelques mois qu’un intellectuel algérien s’adresse directement à un président étranger ; Kamel Daoud avait interpellé le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, lors de son passage à Alger en février dernier.

Littérature Algérienne

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